Journée de réflexion "Repenser la santé à l’épreuve des situations de pauvreté"

Le 12 janvier 2015 à l'Espace éthique

Publié le : 08 Décembre 2014

2ème Journée de réflexion « Éthique, économie et santé »
12 janvier 2015 – 9H/17H30
 
 Espace éthique/IDF
Hôpital Saint-Louis Porte 9
1 rue Claude Vellefaux, 75010 Paris

Photo : Pierre Michaud
 

 

Repenser la santé à l’épreuve des situations de pauvreté

Journée coordonnée par Paul-Loup WEIL-DUBUC
Chercheur en philosophie, Espace de réflexion éthique Ile-de-France, Labex Distalz, Université Paris-Sud, EA 1610
 
En partenariat avec le Laboratoire d’éthique médicale et de médecine légale (dir. Christian Hervé) 
 
Les journées « Éthique, économie et santé »

Trop souvent, la réflexion éthique se pose en « supplément d’âme » de l’économie, voire, de façon plus absurde encore, purement et simplement contre elle. Les journées de réflexion « Éthique, économie, et santé » sont nées de l’idée que l’éthique ne doit pas déserter le champ de la création et de la répartition des biens et assumer que les choix dans ce domaine engagent un arbitrage entre valeurs auquel elle ne saurait être indifférente.

 

La deuxième édition des journées « Éthique, économique et santé » vise à explorer les relations entre la pauvreté et la santé.
Quelques repères permettront de mieux situer le contexte de notre questionnement. En montrant que les situations de famine ne s’expliquent pas seulement par une privation de ressources matérielles, mais aussi et surtout par la violation des droits humains et par l’absence ou la faillite des valeurs démocratiques (Poverty and Famine, 1972), l’économiste Amartya Sen ouvrait la voie à une nouvelle compréhension de la pauvreté, de la santé et de leurs relations. Dans les années 1980, Jonathan Mann défendait à son tour l’idée que le soin apporté aux personnes atteintes du VIH-SIDA ne supposait pas seulement leur accès aux soins et aux protocoles de recherche, mais aussi et surtout la reconnaissance de leurs droits d’êtres humains. Dans cette même décennie, la naissance du concept d’ « inégalités sociales de santé » attirait l’attention sur un fait majeur : le lien entre le statut socioprofessionnel des individus et leur espérance de vie, désormais appelé « gradient social ». Il était ainsi prouvé que les inégalités sociales « s’incorporent » du bas de la hiérarchie sociale jusqu’à son sommet (Didier Fassin).
Deux points marquants semblent dès lors ressortir de ces analyses : la pauvreté ne saurait être réduite à sa dimension strictement financière, mais constitue un phénomène multidimensionnel dont le revenu n’est qu’une dimension parmi d’autres ; l’état de santé critique des populations les plus pauvres et leur extrême vulnérabilité n’appellent pas seulement des dispositifs de soin adaptés et spécifiques mais un questionnement plus global sur le « lien social ».
 
Cette journée a pour objectif en premier lieu de mettre ces deux points à l’épreuve des expériences de terrain, des données statistiques et des réflexions contemporaines en économie et en sociologie notamment: quels sont les liens historiques entre la santé et la pauvreté ? Par quelles voies privilégiées la pauvreté met-elle en cause la santé et, réciproquement, comment la maladie peut-elle fragiliser socialement ? Peut-on proposer une typologie des parcours dans la pauvreté ? Doit-on considérer la pauvreté comme un état ou comme un processus relevant de la fragilité, notamment sanitaire, ou de la « précarité » ?
La journée sera aussi l’occasion d’engager un questionnement éthique et politique sur notre responsabilité collective à l’égard des plus vulnérables : en quoi le défaut d’accès à la santé constitue-t-il une injustice ? Les dispositifs d’accès à la santé dédiés aux plus pauvres sont-ils efficaces ? À l’ère de l’extrême médicalisation du soin, comment éviter une « sanitarisation » de la pauvreté et retrouver le sens d’un soin qui puisse s’adresser à cette souffrance qu’est la misère sociale, vocation première de ce qu’on appelle la « médecine sociale » ?
 

Pré-programme

9H-9H10
Accueil
Emmanuel Hirsch
Directeur de l’Espace de réflexion éthique Ile-de-France, Professeur des Universités en éthique, Paris-Sud
 

1/ Santé et pauvreté : deux concepts à redéfinir ensemble

9H10-9H30
Intervention liminaire
Xavier Emmanuelli
Président du Haut Comité pour le logement des personnes défavorisées, fondateur du Samusocial de Paris et président-fondateur du Samusocial International, Ancien Secrétaire d’État

1. Vers un concept de « santé sociale » ?

Reposer la question des liens entre santé et pauvreté, c’est inévitablement s’interroger sur la santé. Cette redéfinition de la santé permet, à rebours d’une approche strictement médicale ou d’une approche centrée sur le bien-être et la qualité de vie, d’ancrer la santé et le soin dans une réalité sociale mouvante et précaire.
 

9H30-10H
Du soin dans la précarité aux déterminants sociaux de la santé
Pierre Larcher
Médecin de santé publique

 

10H-10H30
Les parcours de soins en situation de précarité : entre détermination et singularité
Caroline Desprès
Docteure en santé publique, en anthropologie sociale et en ethnologie, Contractuelle au Cermes et chercheur associé à Eceve

10h30-10h45
Discussions

10H45-11H - Pause

2. Pauvreté, exclusion, précarité : les réalités de la « pauvreté »

Les intervenants tenteront de cerner les réalités de la pauvreté, aussi bien les difficultés matérielles que les vécus de la pauvreté dans divers contextes sociaux et culturels. Il s’agira aussi de distinguer pauvreté, exclusion, marginalité, précarité.

11H-11H30
Pauvreté, exclusion : une même problématique ?
Jacques Hassin
Chef de service au Centre d’Accueil et de Soins Hospitalier (CASH) au Centre Hospitalier de Nanterre

11H30- 12H
Être pauvre au Sénégal, être pauvre en France: similitudes et différences
Félix Atchadé
Docteur en médecine, diplômé en santé publique, Espace éthique Ile-de-France

12H-12h45

Discussions

 

2/ Social, médico-social et médical : des places à redéfinir

14H-14H20

Introduction liminaire

Christian Hervé

Professeur des Universités en médecine légale et droit de la santé, Paris-Descartes

 

1.Vers une « sanitarisation du social » ?

Le regard médical, lorsqu’il prétend à lui seul répondre aux enjeux de l’isolement, de la perte de lien ou de la grande exclusion, est non seulement impuissant mais tend à disloquer plus encore le lien social – à travers notamment la « psychiatrisation du social ». Comment penser la complémentarité entre le sanitaire et le social, éviter le morcellement des tâches, maintenir la personne dans sa singularité comme objet de l’attention sociale ?

 

14H20-14H50

Entre le « social » et le « sanitaire », les difficultés des médecins
Bernard Elghozi
Médecin généraliste, Fondateur du centre de consultations médicales et sociales pour personnes en difficulté à Créteil

14H50-15H20
Inégalités, exclusion, abandon : trois variations autour du couple santé/pauvreté
 

15H20-15H45
Discussions

15H45-16H
Pause

 

2. Face à la précarité : intervenir au bon moment, décider dans l’incertitude  

Comment intégrer dans une même dynamique de soin la prévention des difficultés, la réponse aux situations d’urgence et l’ « insertion » ? Il s’agira aussi d’examiner les dilemmes auxquels sont soumis les cliniciens, et notamment les psychiatres, face à l’exigence de répondre aux situations de précarité.

16H-16H20
Intervenir au bon moment face aux situations de précarité
Suzanne Tartière
Anesthésiste-réanimateur, SAMU de Paris

16H20-16H50
Psychiatrie et précarité : quelle éthique ?
Alain Mercuel
Chef de service en psychiatrie à l’hôpital Sainte-Anne, dirige l’équipe mobile « Psychiatrie-Précarité ».

16H50-17H20
Discussions

17H20-17H30
Conclusions