Soins & spiritualité

Le lundi 23 mars 2015, de 9H à18H à Espace éthique AP-HP/IDF – Paris • CHU Saint-Louis /APHP

Publié le : 18 Février 2015

Cette journée thématique prolongera le séminaire: « Spiritualité et fin de vie», organisé lundi 2 mars (14H-18H), Espace éthique IDF.

Sous la direction de :
Nicolas PUJOL
Docteur en éthique médicale et en sciences des religions, enseignant à l’Espace de réflexion éthique de la région Ile-de-France, université Paris Sud
 
Les concepts de « besoins spirituels » ; « bien-être spirituel » ; « souffrance spirituelle » rentrent peu à peu dans le langage courant de la médecine, en particulier par l’intermédiaire des soins palliatifs et des sciences infirmières. En 25 ans, le nombre de publications ayant pour mot clé « Spirituality » a augmenté de manière exponentielle dans la littérature médicale.
Cet engouement du monde des soins pour la spiritualité des patients ne doit toutefois pas être interprété comme un retour du religieux traditionnel dans l’hôpital : la spiritualité dont il est question ici se distingue de la religion et tend à devenir un champ d’expertise nouveau de la pratique soignante.
En quoi cet intérêt médical pour la spiritualité des patients peut-il nourrir une réflexion éthique ? Imaginons d’abord que les patients atteints de maladies graves fassent l’expérience d’une souffrance spirituelle qui dépasserait le champ de compétence de l’équipe soignante. Ne serait-il pas bon de réfléchir aux tensions éthiques qu’un système sanitaire pris au dépourvu ne manquerait pas de soulever ? Au contraire, imaginons que le soin spirituel, tel qu’il est déjà mis en place dans différents hôpitaux soit, sous couvert d’un discours scientifique, potentiellement malfaisant pour des patients vulnérables. Ne serait-il pas bon de repérer les tensions éthiques qu’un tel système sanitaire ne manquerait pas de provoquer ?
 
L’objectif de cette journée sera d’examiner, avec un regard clinique et éthique, l’idée qui sous-tend ce champ de recherche émergent. Nous pourrions la formuler ainsi : les malades aux prises avec des pathologies graves ont des besoins qui dépassent le cadre du physiologique, du social et du psychologique. Une approche globale, à l’écoute de toutes les dimensions de la personne, doit donc s’ouvrir à cette dimension que la majorité appelle « spirituelle ».
En définitive, il s’agira de réfléchir à la question suivante : le monde des soins, dans le contexte français, doit-il faire de la spiritualité des patients atteints de maladies graves l’objet de son attention ?
 

Programme

9H-9H30
Intervention liminaire
Nicolas PUJOL
 
9H30-11H

1. Besoins spirituels

Le concept de « besoin spirituel » représente un langage clair et cohérent pour la pensée médicale : besoin non satisfait = souffrance = intervention thérapeutique. Cela explique en grande partie son indéniable succès et l’intérêt des professions soignantes pour la spiritualité dans la prise en charge clinique des patients et de leurs familles. Ce concept est néanmoins ambiguë : n’est-il pas difficilement concevable de satisfaire une recherche de sens et/ou de transcendance ? La spiritualité, telle que définie dans la littérature médicale, semble plutôt être de l’ordre de la quête, ou, dit autrement, du désir, toujours en construction, toujours en mouvement…
 
• Les besoins spirituels des patients atteints de maladies graves, à domicile
Claude Rougeron
Docteur en médecine et en sciences biologiques et médicales
 
• Comment l’attention aux besoins spirituels des patients permet d’enrichir la pratique soignante ?
Domitille Gueneau-Peurreux
Infirmière spécialiste clinique, Hôpital Saint-Camille (94), Équipe mobile douleur, accompagnement et soins palliatifs
 
11H
Pause
 
11H20 –12H45

2. Limites dans le soin pour appréhender la complexité du spirituel

Et si le « spirituel » était justement le lieu du non-soin, c’est-à-dire un espace dans lequel les catégories épistémologiques de la médecine échoueraient à éclairer la complexité du réel ? En partant du cas clinique d’un patient en fin de vie, cette session visera à rendre compte de la complexité du spirituel au cœur de l’expérience soignante et montrera les limites d’une « appropriation médicale » de la spiritualité dans le monde des soins.
 
• La souffrance spirituelle ou l’impasse du soin
Christine Lêveque
Centre d’accueil et de soins hospitaliers de Nanterre, Responsable de l’équipe mobile de soins palliatifs
 
Soins spirituels : un risque de « médicalisation » de la vie spirituelle des patients
Tanguy Châtel
Sociologue des religions et de la laïcité, docteur de l’École Pratique des Hautes Etudes, bénévole en soins palliatifs
 
12H45
Repas libre
 
14H-15H30

3. Soins et spiritualité : quel langage, quelle visée ?

Cette session fera le lien avec la précédente en approfondissant la question de l’appropriation médicale de la spiritualité. En appliquant en effet ses propres normes pour discourir sur la spiritualité, le monde des soins peut en oublier la richesse normative des traditions d’où provient, structurellement et historiquement, l’objet de son attention. Il sera éclairant de voir comment, dans la tradition chrétienne par exemple, l’expérience spirituelle de lutte et d’écart n’en était pas moins sans normes et était considérée comme non pathologique.
 
• Le diagnostic de détresse spirituelle du point de vue infirmier
Carole Kohler
Directrice des soins, Groupe hospitalier Saint-Louis – Lariboisière – Fernand Widal, AP-HP
 
L’accompagnement spirituel dans la tradition chrétienne
Karsten Lehmkühler
Professeur de théologie systématique, Faculté de théologie protestante, université de Strasbourg
 
15H30-16H30
4. Quelle place pour l’aumônier dans une démarche de soin holistique ?
Si cet engouement des milieux de soin pour la spiritualité des patients tend à en faire un champ d’expertise de la pratique soignante, comment les aumôniers perçoivent-ils leur rôle dans ce contexte nouveau ? Sont-ils appelés à devenir des soignants comme les autres ? Il est permis d’imaginer que leur rôle évolue et qu’ils tendent officiellement, comme c’est le cas au Canada ou aux États-Unis, à devenir multiconfessionnels et à prendre le nom d’ « intervenants en soins spirituels »…
 
• L’aumônier est-il un soignant comme les autres ?
Toni Drascek - Jean-Christophe Bieselaar - Saïd Ali Koussay
Aumôniers à l’AP-HP