Appel à contribution : Revue française d’éthique appliquée n°5

La Revue Française d’Éthique Appliquée (RFEA) porte l’ambition d’une réflexion éthique impliquée, transversale et interdisciplinaire. Après quatre numéros sur des sujets comme les ambivalences contemporaines de la décision (numéro 1), les anticipations pour penser et agir avec le futur (numéro 2), les conceptions de la vie humaine entre trésor et capital (numéro 3), et l’éthique alimentaire (numéro 4), elle lance un appel à contributions pour le dossier thématique de son cinquième numéro. Pour ce dossier, le thème de l’automatisation sera le champ d’une exploration transversale, susceptible de concerner toutes les disciplines en sciences humaines et sociales et tous les domaines de l’éthique appliquée – biomédical, scientifique, environnemental, économique et social, animal, etc. L'ambition de ce dossier thématique est d'apporter un éclairage original à l'automatisation comme enjeu transversal à la croisée des choix politiques et industriels, de la phénoménologie du quotidien et de la philosophie de la technique.Gouvernance et décision par les algorithmes, robots tueurs autonomes, voitures sans conducteurs, trading haute fréquence… « Autonomie » et « intelligence » semblent, à tort ou à raison, les maîtres mots pour décrire des machines et processus qui prennent le relai de décisions humaines de plus en plus sophistiquées.

Gouvernance et décision par les algorithmes, robots tueurs autonomes, voitures sans conducteurs, trading haute fréquence… « Autonomie » et « intelligence » semblent, à tord ou à raison, les maîtres mots pour décrire des machines et processus qui prennent le relais de décisions humaines de plus en plus sophistiquées.
 
Pour Bernard Stiegler[1] l’automatisation pose la question du rapport à la technique comme « pharmakon », à la fois médicament et poison. Pour ce philosophe de la technique, nous vivons une ère de prolétarisation ultime : après la perte des savoir-faire par la machinisation du XIXème siècle, la « gouvernementalité algorithmique » des big data, anticipant toutes nos attentes, nos envies et nos choix, nous fait perdre notre liberté intime de choisir et de raisonner. Les algorithmes choisissent pour nous à une vitesse que nous ne pouvons égaler, nous coupant d’une ressource précieuse : notre capacité de faire un raisonnement éthique.
 
A l’ère de l’automatisation, où les ingénieurs conçoivent des « boîtes noires » sur lesquelles nous ne pouvons plus intervenir, c’est le rapport de l'homme au monde, à travers ses outils, sa capacité à interagir avec son environnement et à le modeler, qui est à repenser. Dans un monde aux outils automatisés, quelle granularité, quelle capacité à conserver une expérience riche et singulière, quelle phénoménologie nouvelle anticiper ? Quelle résistance, collective ou individuelle, opposer au développement des "cages de verre"[2] ?
 
La Google car ou les armes autonomes semblent être exemplaires de cette tendance, puisque la conception du produit intègre même un code éthique lui permettant de prendre des décisions de manière autonome lors d’un conflit de valeurs, qui, pour un humain, relèverait de la décision éthique ultime : le choix de vie ou de mort. Comment penser les enjeux éthiques à l’aune de l'autonomie de ces machines ? Ces concepts s'appliquent-t-ils même à ces dernières ? Quelles mesures de protection pour les utilisateurs et quels garde-fous[3] ? Autant de questions classiques de la philosophie de la technique qui échoient désormais aux concepteurs et aux industriels.
 
Mais toute  automatisation n'implique pas nécessairement l'opacité des processus et l'abandon de toute autonomie individuelle et collective. Il existe de nouveaux modes de gestion des données ouvertes (« open data ») et des algorithmes, selon la logique des biens communs, plus participative, libre et ouverte[4]. Pour les « accélérationnistes » Nick Srnicek et Alex Williams[5], l’automatisation pourrait aussi être une occasion sans égale de réorienter la politique industrielle vers davantage d’émancipation humaine et de production de biens communs. Dans cette dynamique, apparaît une perspective : est-il possible de reprendre la main sur l’automatisation pour se réapproprier individuellement et collectivement les technologies ?
 

Les enjeux de cet appel à contribution :

  • Quels sont les nouveaux enjeux éthiques posés par le processus d'automatisation des outils de « fabrication du monde » et quelles sont les perspectives d'émancipation, qu'elles soient techniques, industrielles politiques ou individuelles ?
  • Face à des objets répondants à des algorithmes axiologiquement chargés, quels sont les nouveaux outils conceptuels développer ?
  • Quels interstices, quelles initiatives, quelle capacité à reprendre la main sur les outils ?

Que peuvent pour cette question les nouveaux modes de gestion des données ouvertes (« open data ») et des algorithmes, plus participatifs, libre et ouverts, à la manière des biens communs ? 

Modalités de soumission

Les propositions d’article sont à envoyer à l’adresse revue@espace-ethique.org avant le 1er janvier 2017 et doivent compter environ 5000 signes (espaces compris, times new roman, 11). Anonymes, elles comporteront un titre, trois mots-clés, des références bibliographiques. Un document distinct et joint présentera le ou les auteurs (Nom, prénom, institution, laboratoire, adresse mail). Les propositions seront évaluées par le comité éditorial de la revue.
Les articles devront ensuite être rédigés et envoyés à la même adresse pour le 1er avril 2017 et devront compter environ 30 000 signes (espaces compris). Nous vous invitons à consulter le document de présentation de la revue et de recommandation aux auteurs. 

Appel à contribution : 11 octobre 2016
Date limite pour l’envoi des propositions : 15 février 2017 
Retour évaluation : 1er avril 2017

 


[1] Bernard Stiegler, La société automatique. 1. L’avenir du travail, Fayard, mars 2015
[2] Nicholas Carr, The Glass Cage, Automation and Us, W. W. Norton & Company, septembre 2014
[4] Mélanie Dulong de Rosnay, Les Golems du numérique, Presse des Mines, mars 2016 
[5] Inventing the Future: Postcapitalism and a World Without Work (Verso Books, septembre 2015)