Respect des valeurs, valeur du respect

"Le respect est une forme d’engagement permanent, une obligation absolue, inconditionnelle vis-à-vis de l’Autre, permettant et participant à la déclinaison, l’expression d’autres valeurs qui, sans respect, seraient amoindries et/ou dévoyées."

Par : Aline Santin, Praticien hospitalier, service des urgences CHU Henri Mondor, AP-HP | Publié le : 21 Décembre 2015

Texte proposé dans le cadre de l'Initiative Valeurs de la République, du soin et de l'accompagnement.

Valeur… Valeurs !

Comment définir au mieux les valeurs que nous partageons, qui nous rassemblent en tant que soignant(s) ?
Pourquoi s’en référer à ces mêmes valeurs non seulement au cours des soins, mais aussi et surtout en période de doute(s), de trouble(s), lorsque nos repères communs et fondateurs sont remis en cause ?
Indubitablement, parce que les valeurs du soin sont celles qui lient, unissent, réunissent et relient les Hommes. SI complexes et fondamentales que pourrions chercher à les décliner exhaustivement sans jamais toutefois réussir à traduire ni parfaitement ni complètement leur complexité et leurs articulations profondes, intimes. Ainsi, nul catalogue puisqu’il s’agit justement de les défendre, de les mettre en valeur, et donc bel et bien de les (faire) vivre, de les hisser tel l’étendard d’une profession de foi, celle du soignant. La foi en l’Autre (« le moi qui n’est pas moi » selon Sartre), celui qui nous fait face et pour lequel nous devons tout à la fois mettre nos compétences à son service, et notre humanité en relief pour faire écho à la sienne, l’accompagner. La foi en ce chemin, le soin, à construire,  adapter, pour chaque malade/patient, pour qu’il devienne son soin et non un soin dénué de sens et de confiance. Car une valeur sert, permet de donner, de donner sens, du sens, tel un vecteur.
Aussi le respect s’impose t’il d’emblée : ciment indispensable de la Cité, il est en lui-même une valeur fondatrice de l’Humanité, tout à la fois droit et devoir ontologique, déontologique. Que l’on soit citoyen et/ou soignant, hors ou entre les murs des lieux dédiés usuellement aux malades. Valeur nourricière et de fait consubstantielle du soin, respecter c’est prendre en considération la personne avant de la regarder en tant que patient et/ou malade, et donc instaurer un lien d’égalité, une symétrie. C’est induire la juste distance permettant l’écoute transitive, l’expression de la fraternité. C’est laisser le champ à la liberté de l’Autre, donner place à l’individu au sein du collectif, et rendre le collectif cohésif et protecteur de cet individu. Le respect est une forme d’engagement permanent, une obligation absolue, inconditionnelle vis-à-vis de l’Autre, permettant et participant à la déclinaison, l’expression d’autres valeurs qui, sans respect, seraient amoindries et/ou dévoyées. Qu’adviendrait-il de la bienveillance sans respect ? Pourrions-nous parler de la dignité sans la respecter ? Serions-nous à même de prendre en charge la fragilité exacerbée d’un malade sans convoquer le respect ?
Enfin, socle et composante de la Démocratie, le respect est vraisemblablement l’un des garde-fous de la banalisation de nos actions, de nos actes de soins au cours desquels nous avons accès à l’intime, à la vulnérabilité parfois extrême due à la maladie. Ainsi le respect rend-il possible l’expression plénière de la singularité de l’être et la pluralité des valeurs nécessaires et indispensables à l’accomplissement des soins.

Texte proposé dans le cadre de l'Initiative Valeurs de la République, du soin et de l'accompagnement.

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Valeurs de la République, du soin et de l'accompagnement