Alzheimer : d’autres laissés-pour-compte de la pandémie

Par : Catherine Ollivet, Présidente du Conseil d’orientation de l’Espace de réflexion éthique de la région Ile-de-France, Présidente de France Alzheimer 93 | Publié le : 05 Novembre 2009

Qu’elle soit personnelle, familiale, professionnelle ou sanitaire, toute crise, lorsqu’elle ne vous tue pas, est une expérience significative, révélatrice de nos faiblesses, de nos forces et parfois même de nos capacités jusqu’alors insoupçonnées.

La maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées sont en cela très symboliques car elles sont porteuses en elles-mêmes, de par leur particularité d’atteindre la personne dans son intégrité intellectuelle et physique, de situations de crises multiples qui s’étendent à la société toute entière  : crises d’identité de la personne malade elle-même, crises familiales face à la souffrance et à la lourdeur de la charge , crises des professionnels du soin et de l’aide désemparés, crises organisationnelles et sociétales de par les enjeux multiples qui découlent du nombre important de personnes touchées.

La pandémie grippale, et les choix partiels et partiaux de  mobilisation actuellement prévus par les pouvoirs publics constituent un exemple significatif des capacités limitées de notre pays à répondre à une situation de crise sanitaire, dans la transparence de tous ses enjeux, de toutes ses conséquences, rendant chacun d’entre-nous individuellement responsable, civiquement responsable de l’autre, surtout lorsqu’il est vulnérable : la personne âgée qui habite la maison voisine, le SDF qui « fait la manche » dans ma gare, mon père, ma mère, mon frère…

La mobilisation générale a été anticipée, organisée dans ses moindres détails pour les enfants : il est vrai statistiquement les plus vulnérables à cette grippe qu’ils n’ont encore jamais eu l’occasion de « croiser » dans leur vie, donc d’en être immunisés. Il semble bien que statistiquement, les plus de 60 ans soient beaucoup moins en danger car un grand nombre d’entre eux auraient déjà eu l’occasion dans leur vie d’être en contact avec le A/H1N1 et donc d’être protégés.

Ce ne sont que des statistiques ! Même si seulement 1 % des personnes âgées risquent d’être touchées, dans notre pays cela fait quand même 100 000 personnes en danger ! Et parmi elles, se sont bien entendu les personnes les plus vulnérables, c'est-à-dire les malades chroniques qui sont majoritairement des personnes âgées et même très âgées qui paieront le plus lourd tribu comme l’expérience de la canicule d’août 2003 nous l’a déjà bien démontré. D’autant qu’il ne s’agit pas que de déplorer des morts statistiquement potentiels ou bien réels lorsque le temps du bilan sera venu, mais de compter aussi tous ceux qui verront leur santé physique et morale irréversiblement s’effondrer, leurs repères disparaître, par la désorganisation des acteurs de soutien à leur vie quotidienne pour des actes essentiels, se laver, manger, être soigné, mais aussi rencontrer l’autre, se sourire, se parler, se soutenir dans l’épreuve, actes tout autant essentiels à la vie.

L’absence totale de mobilisation venue « d’en haut », de tous les citoyens face aux risques spécifiques d’une pandémie grippale chez des personnes vulnérables, est significative de l’absence de considération qui leur est portée.

C’est donc aux acteurs de la cité eux-mêmes, aux associations, aux bénévoles, aux familles et aux professionnels attentifs d’être, dans l’urgence, les initiateurs, les mobilisateurs de cette conscience qu’il ne peut y avoir, dans notre pays, des laissé-pour-compte, des statistiquement non significatifs !