A comme... accès

"Accès aux soins", "accès au dossier médical", "accès aux origines"… Le droit a multiplié la mention d’ "accès" souhaités ou même aménagés, sans pour autant que le but semble atteint. Pour éclaircir ce décalage, arrêtons-nous quelques instants sur la notion même d’"accès".

Par : Armelle Debru, Professeur d’histoire de la médecine, université Paris Descartes, Espace éthique/IDF | Publié le : 03 Mars 2011

L’accès à des personnes ou à des choses implique la possibilité de les approcher ou les atteindre, possibilité physique ou juridique, sociale, matérielle etc. Souvent associée à l’idée d’un obstacle, d’une difficulté, d’un parcours ardu. Le fait de « créer un accès » est une mesure destinée à supprimer cette difficulté.
Pour autant, cela ne signifie pas le fait d’atteindre quelque chose, mais la possibilité de le faire.
Par exemple, pour permettre l’accès d’un bâtiment public aux personnes handicapés, il faut une rampe. C’est une condition physique. L’accès au dossier médical, comme « l’accès aux origines » ont été légalement permis.
 
Mais à côté du sens d’une accession possible, accès désigne aussi la réalisation d’un acte. L’accès à un lieu, au savoir, etc. est le fait d’atteindre effectivement quelque chose. Un lieu est plus ou moins « difficile d’accès », on parle de « faciliter l’accès »... Dans ce cas il s’agit de l’action même.
Entre la possibilité et la réalisation, on a parfois prévu une institution facilitante (Conseil national pour l’accès aux origines personnelles, qui la rend matériellement et humainement possible).
Le fait qu’il y ait une possibilité d’accès n’implique donc pas qu’on accède à la chose elle-même, qu’on l’atteigne ou l’obtienne. Ainsi, lorsqu’on parle d’accès aux soins ou à un autre droit, il s’agit de deux choses distinctes, recouvertes par une seule notion:

  1. garantir une possibilité c’est-à-dire supprimer les obstacles légaux, sociaux, financiers, géographiques etc. qui s’y opposent.
  2. favoriser la réalisation effective du parcours qui y mène. Sinon, cette possibilité a des chances de rester lettre morte.

Même la notion d’accès de « libre accès » contient celle d’obstacle et de difficulté. Elle indique implicitement qu’il s’agit d’une permission, d’un obstacle levé même d’une manière limitée. C’est une faveur obtenue par une bataille.
 

Une distance troublante

On comprendrait mieux cette distinction sémantique si on se rappelait que le mot français recouvre deux mots latins, proches mais de formation et de sens distincts. Le verbe ad-cedere : aller vers, s’approcher de, aborder (quelqu’un, quelque chose) a donné accessus : la possibilité d’approcher de.. et accessio : l’acte d’atteindre (accession au trône…)
Ils nous aident à comprendre la distance troublante entre le pouvoir théorique d’atteindre quelque chose et le fait de parvenir à le faire. Sous le terme d’accès se tapit une lutte sourde, à l’issue incertaine et fragile. D’où notre difficulté à le manier et, malgré les déclarations, à le faire aboutir.