"Dans chaque jour plus de vie que d’amertume"

"Ce que je ne veux pasn, c’est que l’on disqualifie Philippe sous prétexte de m’aider à me déculpabiliser. Que l’on me dise à quel point il va devenir insupportable de vivre avec lui et donc qu’il sera normal que moi, sa femme, j’accepte qu’on le mette dans un établissement sans doute contre son gré où il sera privé de sa liberté."

Par : Mina Blanchard, Proche d'une personne atteinte par la maladie d'Alzheimer | Publié le : 23 Septembre 2015

J’ai besoin d’aide.
J’arrive à l’avouer maintenant, je sais que je n’y arriverai pas toute seule.
J’ai bien souvent conseillé des familles touchées par la maladie alors je pensais que je saurai faire, et puis non, je n’y arrive pas toute seule.
Mais ce que je ne veux pas c’est que l’on disqualifie Philippe sous prétexte de m’aider à me déculpabiliser. Que l’on me dise à quel point il va devenir insupportable de vivre avec lui et donc qu’il sera normal que moi, sa femme, j’accepte qu’on le mette dans un établissement sans doute contre son gré où il sera privé de sa liberté.
Je comprends tout le bien fondé de cette approche, il est vrai que nous les familles nous avons fort à faire avec la culpabilité mais je ressens comme insupportable les tentatives qui sont faites pour m’aider car elles vont trop souvent à l’encontre de la dignité de Philippe. Dans la manière dont on me parle de lui et de sa maladie, quand on me dit qu’il est atteint de démence et qu’il faut que je m’y fasse. Si je dis qu’on est encore heureux, on pense que je ne veux pas voir la réalité des choses. Ce bonheur ne signifie pas que tout est simple, loin de là mais nous voulons mettre dans chaque jour plus de vie que d’amertume. Nous nous battons, souvent seuls, pour continuer à tenir debout et que notre vie ressemble à quelque chose.
Alors oui, j’ai besoin d’aide mais d’une aide qui aille dans le sens de continuer à voir Philippe comme une personne digne et non l’inverse.