Éthique et psychopathologie : enjeux de respect et de sollicitude

"Il y a dans les cas de soin sous contrainte les plus extrêmes une éthique de l’action et une non-éthique de la non-intervention. Respecter, accompagner le désir d’un homme ou d’une femme plongé dans une telle souffrance qu’il n’envisage que le suicide ou l’homicide comme issue à sa souffrance : voilà une attitude qui n’est pas responsable."

Par : Philippe Lejoyeux, Professeur de psychiatrie et d’addictologie, université Denis Diderot , Département de psychiatrie et d’addictologie, Groupe hospitalier Bichat-Beaujon, AP-HP | Publié le : 12 Février 2014

La psychologie, la psychiatrie et l’addictologie rejoignent les questions éthiques par bien des domaines.
Le premier, sans doute le plus spectaculaire, est celui de la contrainte que doivent quelquefois exercer les acteurs du champ « psy » sur leurs patients. Le législateur l’a prévu. Il a envisagé que dans certaines situations extrêmes il soit possible d’empêcher une personne en situation de détresse de s’agresser, de mettre fin à ses jours ou de mettre en péril la sécurité de son entourage.
Il y a dans ces cas les plus extrêmes une éthique de l’action et une non-éthique de la non-intervention. Respecter, accompagner le désir d’un homme ou d’une femme plongé dans une telle souffrance qu’il n’envisage que le suicide ou l’homicide comme issue à sa souffrance : voilà une attitude qui n’est pas responsable.
C’est en s’entourant de toutes les garanties de transparence, de lisibilité et de remise en question possible que la psychiatrie en arrive quelquefois à ces mesures. Rappelons malgré tout que la contrainte n’est en aucun cas la règle et que plus de 95 % des soins dans le champ de la psychopathologie s’exercent sur le mode du libre consentement.
 
Une deuxième question à l’interface de la psychiatrie et de l’addictologie est celle du changement de comportement que l’on induit avec force mais sans contrainte chez les hommes et les femmes dépendants. Là encore, le principe des thérapies motivationnelles est d’éclairer les dommages qu’induit une conduite addictive et d’accompagner celui ou celle qui est motivé sur le chemin d’une vie sans dépendance.
Il ne s’agit pas de stigmatiser, il ne s’agit pas de faire preuve d’autorité ou d’autoritarisme, mais d’informer avec tolérance et respect et d’aider celui qui consulte à intégrer puis mettre en action une possibilité de changement.
 
Enfin, les malades psychiatriques, addictologiques et globalement toutes les pathologies du comportement, subissent au niveau individuel et au niveau social, une stigmatisation inacceptable. On avoue le fait de fumer, le fait de boire, alors que toute autre maladie suscite davantage de compassion et de respect. L’une des tâches des soignants dans ces champs des maladies du comportement est donc, au-delà du soin, de lutter contre la stigmatisation. La base de bien des sarcasmes, des méconnaissances ou des agressions est en effet le refus de statut de malade à part entière accordé à ces patients. C’est ainsi, entre la nécessité parfois de ne pas accompagner un désir mortifère et la nécessité de faire comprendre les particularités d’un comportement en apparence hermétique ou bizarre, que se déclinent certains des enjeux les plus actuels de l’éthique.
Le maître mot dans ce domaine reste la compréhension des particularités des maladies impliquant un trouble du comportement et dans le même temps la nécessité de traiter ces malades comme les autres, sans discrimination, sans exclusion et sans mépris.
Voilà l’objectif que partagent ou devraient partager l’ensemble des intervenants dans ces champs de pathologies pour autant qu’ils intègrent les questionnements éthiques inhérents à leur pratique.