L’éthique à l’épreuve des violences du soin

"L’éthique à l’épreuve des violences du soin" paraît aux éditions érès.

Par : Dominique Davous, Groupe de recherche « Parents et soignants face à l’éthique en pédiatrie », Espace éthique /IDF, Université Paris Sud-11; association centpoursanglavie, association Apprivoiser l’Absence | Publié le : 13 Mai 2015

La confrontation répétée à la souffrance et à la vulnérabilité ne peut se faire indument pour ceux qui y sont confrontés, qu’ils soient soignants ou patients. Le soignant peut y voir se briser son élan et s’écarter de l’idéal hospitalier de bientraitance le mettant de fait en situation de mal soigner et dans la possibilité de mal agir, tant avec les autres soignants qu’avec les patients eux-mêmes : « Bien des fois, dit une infirmière, je m’attrape à devenir une harpie et à traiter de haut et à distance patients et collègues ».
La personne malade, confrontée à l’irruption de la maladie et à l’immersion dans l’univers hospitalier aux codes et aux règles inconnus peut y perdre ses repères et ne pas être en mesure de donner sa confiance nécessaire pour établir et maintenir la relation de soin, le mettant lui aussi dans la possibilité du mal agir. Cette mise en regard des souffrances et des vulnérabilités contraint au mal vivre et ouvre la porte à un cortège de violences.
À la violence éprouvée du fait de la maladie, à celles inhérentes aux relations humaines, s’ajoutent « les violences institutionnelles liées à l ‘univers hospitalier et plus généralement à la logique gestionnaire qui y règne en maître »[1]
C’est de cette difficile question des violences dans les espaces de soin que s’est saisi le groupe de recherche : « Questionner Autrement le Soin »[2] - rattaché depuis 2008 à l’Espace de réflexion éthique de la Région Ile-de-France. L’ouvrage[3] que publient les éditions érès sous le titre L’éthique à l’épreuve des violences du soin, vise à identifier la part évitable de ces violences - silencieuses ou non - grâce à la confrontation des points de vue d’auteurs de champs disciplinaires variés – médical et paramédical, anthropologie, histoire, droit, sociologie, philosophie, psychanalyse. Il concerne tant les espaces où s’exerce le soin, que ceux où sont formés les soignants.
Nous plaidons dans cet ouvrage pour une éthique du témoignage et de la narration dont les auteurs cherchent à faire émerger les conditions et auxquelles contribuent la présence de lettres adressées par des patients ou leurs proches aux soignants ou aux institutions. Les auteurs de cette correspondance particulière, tentent de faire advenir sur une autre scène, la considération qui leur a manqué sur le lieu même du soin.
 
Dire la souffrance de la violence, relève de la responsabilité citoyenne. La reconnaître, la combattre, engage la responsabilité personnelle de l’étudiant, de l’enseignant, du soignant, du chercheur. Ce chemin est difficile et souvent contraint à la clandestinité. Ce livre, L’éthique à l’épreuve des violences du soin fédère ces voix du refus.
Cet ouvrage s’adresse, on l’aura compris, tant aux professionnels du soin, aux responsables des institutions de santé qu’aux chercheurs en sciences humaines et sociales, mais aussi  aux « usagers » et à leurs représentants.

 
[1] Selon l’expression de Guy Lebeer in « L’éthique à l’épreuve des violences du soin », p. 272.
[2] Les membres fondateurs du groupe sont : Dominique Davous, chercheur, co-fondatrice de « Parents et soignants face à l’éthique en pédiatrie » au sein de l’Espace de réflexion éthique de la Région Ile-de-France ; Catherine Le Grand-Sébille, socio-anthropologue MCF, faculté de médecine Lille 2 ; Etienne Seigneur, pédopsychiatre, Institut Curie, Paris et docteur en psychologie, université Paris Diderot-7.
[3] Issu d’un colloque qui a eu lieu les 17 et 18 janvier 2013, organisé par le groupe « Questionner autrement le soin » en partenariat avec l’Espace de réflexion éthique de la Région Ile-de-France et le Collège de la Cité des Sciences et de l’Industrie.