Mieux informer autour du cancer : Octobre rose en 2007

Par : Sylvie Froucht-Hirsch, Anesthésiste réanimateur, Fondation Ophtalmologique Rothschild, auteur de Le temps d’un cancer – Chroniques d’un médecin malade, Éditions érès | Publié le : 06 Février 2007

L’ombre du cancer plane sur ma mémoire. Le temps passe, l’ombre rétrécit, sans disparaître vraiment toujours accompagnée de ses volutes d’angoisse. C’est l’accompagnant obligatoire témoin de mon statut de vivante. Être ou avoir un cancer, dire, j’ai un cancer, je suis cancéreuse ? J’ai eu un cancer, je suis toujours cancéreuse ; j’ai eu un cancer, je ne suis plus cancéreuse. La maladie a disparu. La rime cancéreuse rime avec honteuse. Le mot est triste et agressif, discriminatoire.
Ce mois de sensibilisation au cancer doit créer du lien. Et ne pas apeurer, décourager. Voulez-vous donner pour le cancer ? Non merci, j’ai déjà donné ! Cette dérision protège, enveloppe et éloigne, mais crée cette solidarité discrète face aux autres atteints. Ce n’est pas facile d’être malade, c’est plus facile d’avoir été malade. L’usage du passé simple est aisé, mais le passe n’est pas simple, et le futur non plus. Comparaisons, interrogations, négations du caractère humain unique et à la fois plurielle de l’expérience vécue.
La vie civile du patient le confronte à certaines difficultés pratiques. La médecine estime guérison, rémission, mais le crédit immobilier n’est pas accordé. La maladie n’affecte pas qu’un être humain ; elle atteint le travailleur, le citoyen dans son quotidien. Des initiatives de soutien, de publicité sur le cancer doivent aider à créer ce lien que la maladie a sectionné. Le lien dans la vie civile, mais également entre soignants et soignés. Cette relation obligatoire est semée d’embûches : peur de dire qui engendre des maladresses, agressivité qui engendre une présence plus anonyme de retrait. Le médecin n’est pas responsable de la maladie grave !

L’information est importante au même titre que le refus de savoir, véritable gage de confiance envers l’équipe soignante. La comparaison obligatoire sur Internet des malades entre eux peut générer beaucoup d’angoisse, sème le doute et réduit les traitements à des recettes de cuisine qu’on s’échange... Tolérance et respect sont des vertus réciproques. Droits et devoirs des soignants complètent les devoirs et droits des soignés. Ils sont les gages du pacte de confiance qui doit mener à la prise en charge optimale du patient.
Ce mois d’octobre est important. Il doit distiller une note d’espérance, appréhender plus positivement le cancer. Témoigner doit donner cette note d’espoir légitime qui relie les êtres. On peut être atteinte d’un cancer et vivre sa vie, vivre avec. Le mot cancéreuse doit pouvoir rimer avec heureuse.