Notre espace éthique au cœur du Grand débat national

"Il nous faut inventer désormais d’autres approches, d’autres exigences, d’autres conceptions d’une éthique digne d’enjeux, de circonstances et d’attentes qui chaque jour témoignent d’un besoin de concertation visant des évolutions indispensables soucieuses de valeurs et d’une idée ambitieuse de ce qu’est notre bien commun."

Par : Emmanuel Hirsch, Directeur de l’Espace éthique de la région Ile-de-France, professeur d’éthique médicale, université Paris-Sud /Paris-Saclay | Publié le : 07 Mars 2019

En septembre 2017, le n° 6 des Cahiers de l’Espace éthique était consacré à « Vulnérabilités dans la maladie : une mobilisation de la société ». Quelques mois plus tard, nous diffusions le Manifeste national « Vers une société bienveillante ». Plus que jamais, notre engagement éthique – celui que nous partageons depuis 1995 avec celles et ceux qui se mobilisent dans le soin, l’accompagnement, la recherche et dans d’autres champs d’intervention au service de la personne et de nos valeurs d’humanité – relève de la conscience d’une urgence à penser et à agir ensemble, en solidarité, en justice, en sollicitude et en responsabilité. À partir d’une expérience et d’une expertise tirées d’une confrontation concrète aux réalités parfois ignorées et négligées par ceux qui, trop souvent encore, aspirent à dire, voire à décréter l’éthique, à en traiter dans des discours sentencieux, dans des propos prescriptifs si éloignés de réalités humaines, sociales et professionnelles qui méritent mieux que ces leçons d’une autre époque.
Il nous faut inventer désormais d’autres approches, d’autres exigences, d’autres conceptions d’une éthique digne d’enjeux, de circonstances et d’attentes qui chaque jour témoignent d’un besoin de concertation visant des évolutions indispensables soucieuses de valeurs et d’une idée ambitieuse de ce qu’est notre bien commun. Notre espace éthique porte depuis des années cette attention à une éthique bienveillante, éclairée, concertée, argumentée, attachée au précieux de ce qui fait démocratie, de ce qui nous engage réciproquement. Nous partageons avec d’autres cette position responsable, passionnée par les missions qui nous sont confiées, profondément respectueuse des personnes, de leur expertise comme de leurs vulnérabilités, de nos institutions avec ce qu’elles incarnent et signifient, de principes forts inspirées notamment par les combats des Lumières, de la qualité et de la pertinence de l’argumentation dans un contexte de pluralisme, de rigueur universitaire. Les innovations disruptives, notamment l’importance aujourd’hui prise par le numérique et les nouvelles formes de partage des connaissances et d’intervention dans l’espace public à travers les réseaux sociaux, imposent aujourd’hui de mobiliser des compétences et des vigilances qui, elles aussi, relèvent d’une exigence éthique à renouveler.
En décembre, nous avons consacré plusieurs événements publics au 70ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, alors qu’en 2017 nous avions célébré le 70ème anniversaire du Code de Nuremberg, attentifs à ce que cet acte fondateur de l’éthique biomédicale pouvait nous rappeler, quelques mois avant que ne débutent les états généraux de la bioéthique auxquels, à la demande du CCNE, notre Espace éthique a contribué de janvier à avril 2018 dans le cadre de plus de 15 événements publics.
Notre Espace éthique, ce tiers-lieu au cœur de la cité, se doit de trouver le juste équilibre ou le positionnement le plus adéquat, alors que tant de tensions, de contradictions, de controverses et de polémiques déroutent et parfois déportent loin des urgences et plus encore loin des lieux et des enjeux où s’expriment et se défendent les valeurs inconditionnelles de la vie démocratique.

Renforcer notre besoin de compréhension

C’est pourquoi, plus que jamais, nous faisons le choix de la rencontre, de la relation, de la proximité, du terrain et de cette présence au plus près des pratiques, là où la réflexion favorise l’intelligence de l’action et cette pensée d’une éthique incarnée et engagée.
Ces temps actuels de grand débat national constituent ainsi pour nous un moment privilégié pour renforcer davantage encore notre envie, notre besoin de concertation et donc de compréhension de ce qui relève de nos responsabilités.
Le 28 février 2019, nous avons organisé à Mairie du 4ème arrondissement de Paris un Grand débat sur le thème « Grand âge, considération sociale et réponses aux dépendances : pour une société inclusive ». Cette concertation organisée autour de table-rondes a permis d’aboutir à des propositions pratiques souvent originales. En savoir plus sur cette dynamique en suivant ce lien.
Jeudi 14 mars un second débat proposé à Mairie du 4ème arrondissement de Paris aura pour thème : « Citoyenneté, maladies et handicap : s’engager ensemble ».
Selon la méthodologie retenue dans le cadre du Grand débat national, à la suite de ces concertations, des contributions seront transmises à l’instance en charge de la synthèse des propositions et elles seront rendues publiques.
Mais ces derniers jours l’Espace éthique a également participé, comme il en a l’habitude, à d’autres temps importants de rencontres et de concertations, notamment :
Le 20 février 2019 avec l’ASM 13, sur le thème « Pratiques contraignantes en psychiatrie », dans le cadre de notre Réseau santé mentale ;
Le 21 février 2019 avec les Petits Frères des Pauvres, sur le thème « Penser des lieux de vie partagés pour les personnes âgées, dans le cadre de notre Réseau personnes âgées au domicile et en établissements.
Le 21 février, dans le cadre des Journées inaugurales Dynamo France « Pratiques et usages de rue : des acteurs multiples, une éthique partagée ? ».
Nous sommes convaincus de l’importance politique de tiers-lieux comme le sont les espaces éthiques dont nous avons initié au sein de l’AP-HP le modèle repris en 2004 au plan national. Nous sommes confirmés dans nos engagements par ces rencontres constantes, ces temps de formations favorables à l’écoute, à l’échange, à une si juste compréhension de richesses, de compétences et de solidarités qu’il nous faut reconnaître et accompagner dans leurs démarches. Nous sommes témoins depuis des années de l’intelligence partagée dont témoigne aujourd’hui de manière publique le Grand débat national. Nous en tirons, pour ce qui nous concerne, la confirmation qu’un espace éthique comme celui de la région Île-de-France a pour vocation de favoriser et de soutenir cette transmission d’expériences, de savoirs et souvent de sagesses, autant de témoignages des valeurs et de la force trop souvent méconnues de notre démocratie.