Service public hospitalier : exigences de solidarité

Par : Pierre Mary, Chirurgien orthopédiste, Hôpital Trousseau, AP-HP | Publié le : 10 Mars 2009

A l’origine, la mission de l’hôpital était d’accueillir les plus démunis. Le formidable développement de la médecine fait que dans l’esprit de chacun, le but essentiel maintenant, est de soigner les patients et tous, sans exclusion.
L’hôpital public coûte cher, et il est légitime de chercher à en diminuer la charge qui pèse sur chacun des contribuables. La tarification à l’acte qui consiste à financer les hôpitaux en fonction des actes réalisés est sûrement un élément qui a permis de modifier les pratiques et de diminuer le coût des soins. Mais ceci est totalement insuffisant pour en évaluer l’efficacité réelle. Il est absolument indispensable de créer des indicateurs de qualité des soins. Ceci nécessite de faire participer l’ensemble de la société civile à ce débat.

Parallèlement et assez récemment le système de santé privé a été repris par des grands groupes financiers qui n’avaient aucun lien avec la santé, mais qui ont compris qu’il y avait une possibilité de gagner de l’argent avec certaines activités. Ces groupes ont alors sélectionnés les actes lucratifs.  Dans ces conditions, les patients qui réclament des soins couteux n’ont pas d’autre choix que de se tourner vers l’hôpital public. Entendre dire maintenant qu’il faut que l’hôpital public s’aligne sur le privé relève soit d’une méconnaissance totale des faits, soit, plus grave d’une grande hypocrisie. L’hôpital public et les cliniques privées ne traitent pas les mêmes patients. Aucune clinique  n’est prête à prendre en charge un polyhandicapé, une tumeur osseuse maligne chez un enfant.

Si on demande à l’hôpital public de prendre en charge les pathologies non rentables, d’assurer les urgences 24 heures sur 24, et en même temps de former les futurs acteurs de la santé, il faut accepter qu’il ne soit pas rentable. La mission de service public de l’hôpital et des soignants est de soigner, d’aider les plus lourdement affectés, les démunis. Une société qui ne répond plus à ses exigences de solidarité est une société qui évolue insidieusement vers la barbarie.