Une éthique pour demain

"Quel type de compagnonnage et de partenariat établir alors que bien souvent les professionnels sont accaparés par tant d’obligations qui restreignent leur disponibilité de pédagogue ? Dans quelle mesure et à quel titre un étudiant en santé peut-il déjà être considéré membre de la communauté des soignants ?"

Par : Franck Rolland, Étudiant en 6ème année de médecine, faculté de médecine Paris-Sud / Paris-Saclay, président de l’association Les Penseurs de Plaies | Publié le : 03 Octobre 2016

Le 12 septembre 2016 s’est tenue la 1ère Journée régionale d’éthique organisée dans le cadre du Réseau régional d’éthique des étudiants en santé, en partenariat avec les associations étudiantes Les Penseurs de Plaies et TEMPO des facultés de médecines de l’Université Paris-Saclay, et l’Espace de réflexion éthique région Île-de-France.
Cette journée ouverte à tous les étudiants en santé quel que soit leur filière (médecine, IFSI, aide-soignant, odontologie, maïeutique, kinésithérapeute, psychologue, etc.) ainsi qu’aux professionnels de santé et à ceux qui souhaitaient s’associer aux réflexions éthiques proposées et approfondies par les étudiants, a rencontré un succès tel, qu’une seconde rencontre sera organisée au cours du premier semestre 2017.
 
Soigner étonne, surprend, effraie parfois, et de plus en plus soigner s’interroge. Mais avant toute chose, soigner s’apprend. L’importance d’une réflexion éthique aux racines même de ce qui constitue les soignants, c’est-à-dire, leur formation, n’est plus à démontrer. L’éthique s’invite dans leurs enseignements, dans leurs livres et leurs grilles de validation. Mais l’éthique se résume-t-elle à une évaluation alors qu’elle nous renvoie à nos responsabilités quotidiennes de futurs professionnels de santé ?
Les premiers temps du devenir soignant sont faits de situations inattendues, troublantes, bouleversantes et parfois violentes. Alors qu’il faut apprendre à endosser la blouse blanche et sa lourde responsabilité, alors qu’il faut acquérir un savoir médical considéré comme un rempart (illusoire) contre le doute, les apprentis soignants se heurtent à des expériences humaines vives et délicates : confrontés à la maladie, à la mort, à la souffrance, ils sont comme pris en étau entre deux univers parfois contradictoires. D’une certaine façon plus proches des patients du fait de leur disponibilité et de leur accessibilité, mais d’autre part déjà insérés dans l’univers du soin dont ils doivent intégrer les règles, les pratiques et les mentalités.
S’affirmer comme soignant en devenir, c’est participer à la prise en charge des personnes accueillies et suivies dans leur parcours de soin. C’est prendre progressivement la mesure des effets de ses décisions, des conséquences de l’exercice dans un contexte souvent complexe, parfois exposé à des choix redoutables. Mais quelle est au juste la place de l’étudiant en santé dans le cadre du soin, voire d’un processus décisionnel ? Est-il seulement l’observateur qui apprend ou peut-il faire valoir un point de vue alors que ses compétences s’avèrent encore limitées ? De quelle manière peut-il exercer une fonction propre dans le cadre des soins ? Quel type de compagnonnage et de partenariat établir alors que bien souvent les professionnels sont accaparés par tant d’obligations qui restreignent leur disponibilité de pédagogue ? Dans quelle mesure et à quel titre un étudiant en santé peut-il déjà  être considéré  membre de la communauté des soignants ? Comment se situe-t-il au regard d’une hiérarchie enracinée dans une tradition forte qui détermine les rôles et affirme une autorité peu discutable ? Ne serait-ce que du fait du regard personnel qu’il porte sur la profession à laquelle il se destine et des valeurs qui ont motivé son engagement en santé, l’étudiant n’est-il pas légitime à contribuer à la vie du service autrement qu’en témoin passif ? Ne doit-il pas être reconnu dans des capacités mais également des droits de natures à contribuer à l’émergence d’une éthique professionnelle davantage respectueuse de la diversité des motivations, des compétences et des talents mobilisés au service de la personne malade et de ses proches ?
L’exigence d’une véritable démarche éthique tient à la capacité de s’interroger et de partager ainsi une concertation indispensable aux bonnes pratiques professionnelles. C’est dans cet esprit que sera initiée cette réflexion réunissant de manière ouverte et pluraliste des étudiants en santé, dans la perspective de penser ensemble « une éthique pour demain ».