Une fois encore, un infirmier s’est suicidé : les valeurs du soin doivent être reconnues

Dans la nuit du 5 au 6 février 2017, un infirmier s’est suicidé à l’Hôpital européen Georges Pompidou.

Par : Espace éthique/IDF | Publié le : 09 Février 2017

Dans quelques jours, l’Espace de réflexion éthique de la région Île-de-France proposera la Charte Valeurs du soin et de l’accompagnement en institution.
 


Je  m’associe à l’émotion que partagent en ces circonstances les professionnels de santé, conscient toutefois de la prudence qui s’impose à tous au regard d’un suicide.
 
Le 12 septembre 2016, je publiais dans Le Monde un article consacré aux sentiments de déconsidération et de maltraitance trop souvent éprouvés au sein de la communauté des soignants : « Il est indispensable de comprendre ce qui se joue dans la relation de soin. » Les réactions ont été nombreuses, favorisant de multiples contacts. C’est ce qui m’a permis d’encore mieux comprendre cette exigence de dignité et de reconnaissance que porte ces professionnels dans le contexte que l’on sait. Depuis, des initiatives notamment au plan des instances publiques semblent indiquer la prise en compte d’une situation qui en appelle à des évolutions urgentes notamment dans la gouvernance hospitalière. Chacun en a aujourd’hui conscience. Pour autant l’approche ne saurait se limiter à des mesures préventives ou à l’accompagnement psychosocial des personnes en situation de difficulté ou plus précisément de conflit de valeurs. L’analyse doit porter sur ce qui contribue à cette sensation de mise en cause des valeurs constitutives de l’engagement soignant.
C’est notamment pourquoi l’Espace éthique de la région Île-de-France a entrepris une démarche de concertation nationale : Valeurs de la République, su soin et de l’accompagnement  (www.espace-ethique.org).
Entre autres contributions, l’Espace éthique proposera dans quelques jours la Charte Valeurs du soin et de l’accompagnement en institution. À la suite d’une enquête, plus de 50 contributeurs ont rédigé ce document qui complète la Charte Éthique et relations de soin au domicile, publiée en octobre 2016.
 

Un court extrait de la Charte Valeurs du soin et de l’accompagnement en institution :

2.2 La gouvernance institutionnelle doit être soucieuse de valeurs et de principes qu’il convient de penser, d’assumer et de promouvoir.
L’exigence d’exemplarité impose des pratiques réfléchies, intègres, concertées et transparentes.
Les décisions relevant d’un examen argumenté conciliant l’intérêt direct de la personne malade et/ou en situation de dépendance, l’expertise des professionnels de santé et les enjeux d’ordre collectif, doivent être arbitrées selon des critères justes et transparents. 
2.9 Une bonne gouvernance s’impose comme objectif des conditions d’exercice digne ainsi qu’une attention à la vie des équipes, à leur cohésion, aux relations interindividuelles, à la communication et à la concertation dans l’organisation ainsi qu’à la prévention de tout risque psycho-social aux fins de respect des professionnels au sein de l’institution.
Une culture de service doit pouvoir se développer et porter des valeurs communes et reconnues.
2.10 Accompagner les projets d’équipe, la recherche et les initiatives permettant d’améliorer les pratiques, relève d’objectifs qu’il convient de reconnaître et de soutenir notamment dans le cadre des missions d’encadrement.