Le négatif est-il le ferment du positif ?

Quel effets le basculement de la notion de progrès, aujourd'hui relativisée par la pensée post-moderne, peut-il avoir sur les relations entre la science et la société ?

Par : Étienne Klein, Directeur de recherches au CEA | Publié le : 23 Août 2013

Intervention donnée dans le cadre de l'Université d'été Sciences, éthique et société 2013, organisée par l'Espace éthique/Ile-de-France les 11 et 12 juin 2013, sous le Haut patronage du Ministère de l'Enseignement supérieur et de la recherche.

"Derrière l’idée générale de progrès, quelque soit la définition particulière qu’on en donne, on trouve toujours la conviction qu’on peut relativiser le « négatif », que le « pur négatif » n’existe pas, car il n’est jamais que le ferment du meilleur. Le négatif est considéré comme ce sur quoi on va pouvoir agir pour le sortir de lui-même, c’est-à-dire, justement, de sa négativité. Se déclarer progressiste ou moderne, c’est donc croire que la négativité contient une énergie motrice que nous pouvons utiliser pour la transformer en autre chose qu’elle-même.

Mais il semble bien que cette espérance se soit ternie : nous sommes entrés dans « l’après » de cette idée, dans une phase irréversible de critiques, de doutes. Certains parlent de « postmodernité ». Mais comment la définir ? Peut-être en disant que la postmodernité, c’est la modernité moins l’illusion. L’illusion dont il est ici question était celle de la possibilité d’un état final, définitif, où il n’y aurait plus rien à faire d’autre que de continuer, de répéter, sans avoir à déployer autant d’efforts que ceux consentis pour parvenir à cet état.

Nous tenterons de voir, sur des exemples concrets, comment ce basculement produit des effets sur les relations entre la science et la société."