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Conférence : La science au pluriel - Essai d'épistémologie pour des sciences impliquées

Le 2 décembre 2014 à l'INRA, Paris

Publié le : 03 Novembre 2014

Le 2 décembre 2014, Léo Coutellec, Chercheur en épistémologie et éthique des sciences contemporaines, Espace Ethique Ile de France - Hôpital Saint-Louis, tiendra une conférence "La science au pluriel - Essai d'épistémologie pour des sciences impliquées".

Informations pratiques

Mardi 2 décembre à 14h
Centre siège Inra Paris, Amphi 147 au 1er étage
147 rue de l’Université, 75338 Paris cedex 07
contacts : laura.pizzale@paris.inra.fr
olivier.rechauchere@paris.inra.fr

Argumentaire

Les appels tout aussi pressants que justifiés pour le partage des connaissances et la collaboration interdisciplinaire ne suffisent pas à minorer une difficulté fondamentale liée à la compréhension des sciences et des techniques  contemporaines : bien que factuellement plurielle, la science peine à se penser et à se vivre comme le lieu d’expression d’un véritable pluralisme.
Sur la base d’une série d’exemples permettant d’illustrer ce paradoxe, l’enjeu de cette conférence sera de formuler quelques propositions pour une pensée et un agir du pluralisme dans les sciences.
Penser le concept de science selon le prisme du pluralisme est une tâche essentiellement épistémologique qui consiste, dans un premier temps, à clarifier plusieurs concepts majeurs parmi lesquels l’autonomie, la neutralité, l’impartialité et la responsabilité.
Ces distinctions nous permettront de montrer que les pluralités scientifiques (stratégies, disciplines, styles de raisonnement, temporalités, ...) s’organisent dans un processus de production de connaissances selon des valeurs. De ce tableau, nous formulerons une première hypothèse : ce qui se nomme souvent la robustesse des savoirs scientifiques ne peut se confondre avec une revendication d’autonomie et de neutralité que l’on ajouterait à la dimension justifiée de l’impartialité. Au contraire, une science assumant sa nature fondamentalement plurielle et tolérante à l’expression des valeurs (épistémiques et nonépistémiques) est une science plus pertinente ; étant entendu que la « pertinence » - concept qui sera alors préféré à celui de robustesse - relève ici tout autant d’une exigence sociale (ou démocratique) que d’une rigueur épistémologique.
Mais la portée de cette hypothèse serait nulle si nous ne l’inscrivions pas dans un espace de pensée plus large permis par la création de deux nouveaux concepts qualifiant la science plurielle : les concepts de sciences impliquées et de responsabilité épistémique. Dire et vivre la science au pluriel, c’est avant tout faire émerger un commun à toutes les sciences : leur implication de fait dans un réel, dans un contexte, dans un ensemble de causes et d’effets impossible à ignorer. De ce commun qualifiant les sciences impliquées naît une forme de responsabilité que nous appelons « responsabilité épistémique ». Il s’agit d’une responsabilité qui n’est ni morale, ni juridique mais sociale et liée au savoir. Plus précisément, nous montrerons que les sciences impliquées mettent en jeu une responsabilité collective (ou sociale) quant aux contenus des savoirs, quant à la nature des savoirs, quant à la transmission des savoirs et enfin quant à la caractérisation des objets de connaissance.
Relever le défi qui consiste à passer du simple constat d’une science plurielle à une pensée-action du pluralisme dans les sciences passe, selon nous, pas des efforts épistémologiques de ce type. La finalité éthique d’une telle démarche peut ainsi être formulée : il s’agit bien de doter les sciences d’un nouveau principe démocratique qui permettrait non pas de les sortir de la tourmente sociétale dans laquelle elles semblent être prises mais de créer un nouveau commun à partager pour des sciences nécessairement impliquées.