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Séminaire : Anticipation(s) - Penser et agir avec le futur

Regards interdisciplinaires sur la notion d’anticipation

Publié le : 25 Février 2015

Séminaire de recherche interdisciplinaire d’éthique. En collaboration avec la Revue Française d’Éthique Appliquée (RFEA).
Regards interdisciplinaires sur la notion d’anticipation
Coordination scientifique du séminaire : Léo Coutellec, Paul-Loup Weil-Dubuc & Emmanuel Hirsch [Pôle recherche – Espace éthique Île-de-France / Laboratoire d’excellence DISTALZ / EA 1610 « Études sur les sciences et les techniques », université Paris Sud]
Inscriptions obligatoires (nombre de places limitée) : leo.coutellec@u-psud.fr

 

Séances : 18h30/20h30 à l'Espace éthique, Hôpital Saint-Louis, Porte 9, 1 rue Claude Vellefaux, 75010

 

 

Présentation

L’Espace éthique/IDF - dans le cadre de ses missions au sein du Laboratoire d’excellence DISTALZ – est engagé dans une réflexion de fond, en lien étroit avec la pratique de recherche et de soin, sur la question des diagnostics précoces, notamment dans le cas de la maladie d’Alzheimer. Les questions relatives à la nature de ces savoirs d’anticipation et à leur impact éthique sur la personne et la société se posent, dans ce domaine comme dans d’autres, de manière pressante : cela engage aujourd’hui à des approfondissements dans une perspective large et interdisciplinaire. Dans sa démarche, l’Espace éthique Île-de-France cherche à croiser les approches théorique et pratique et à faire rencontrer universitaires et praticiens. Ce séminaire en sera une nouvelle illustration. Son thème sera repris dans la 2e Université d’été Science, éthique et société qui se déroulera en juin 2015.
Prévision, prédiction, pronostic, diagnostic, scénario…, autant de notions qui semblent révéler une volonté forte d’anticipation. Autant de notions qui se concrétisent dans des dispositifs de soin, de décision, de prospective, de planification. Autant de notions qui engagent notre rapport à soi, à l'autre, à la société. Mais de quoi relève cette volonté d’anticiper ? Quelle conception du futur pouvons-nous construire ? Quelle connaissance sur le futur ? Comment laisser ouverte une pluralité de visions de la vie bonne ? Comment anticiper sans déterminer ? Comment le futur peut-il rester un espace de possibilités, un « terrain de possibilités indéterminées » ? Comment « construire une représentation du futur souhaitable à partir de l’observation des futurs possibles » ? Et si le futur n’est pas seulement la continuation linéaire du présent mais un possible parmi des possibles, si le futur n’est plus la continuation de la tradition, si « il y a du libre, là où « ce qui vient » est imprévisible, où il y a de l’ « à-venir » », alors que veut dire anticiper ? L’anticipation est-elle une volonté de maîtrise ou une capacité d’adaptation ?
Entre « espérance collective » et « désenchantement éthique », l’anticipation semble peiner à trouver sa place. La question centrale reste donc la suivante : à quelles aspirations l’anticipation doit-elle répondre ? Ce séminaire cherchera à mettre ce questionnement en partage selon des perspectives disciplinaires diverses impliquant et explicitant des pratiques.
 

Thème 1 - Anticiper dans le soin : de nouvelles responsabilités ?

Les pratiques du soin sont aujourd’hui confrontées à la multiplication des outils et des démarches diagnostiques dont le point de convergence semble être une volonté forte d’anticiper, le plus précocement possible. De ce contexte naissent de nouvelles responsabilités qui donnent au « prendre soin » une dimension nouvelle. L’anticipation, la prise en compte ou la détermination potentielle du futur, devient partie prenante du moment du soin. Celui-ci, toujours pensé au présent dans le quotidien vécu de la personne vulnérable, se retrouve ainsi orienté vers le futur, contraint de prendre en compte de nouvelles aspirations. Parmi celles-ci, se reconfigurent nos rapport à la fin de vie, à la vieillesse, à la maladie, à la vulnérabilité. Cette première thématique tentera de mettre en présence différents points de vue sur cette reconfiguration des savoirs et des pratiques du soin dans un contexte d’aspirations nouvelles et complexes pour l’anticipation.
 

1 - Anticiper des choix ? Autour des résolutions anticipées de soin

16 octobre
Fabrice Gzil
Philosophe, responsable du pôle Etudes et Recherches de la Fondation Médéric Alzheimer
Pascale Vinant
Médecin, Unité fonctionnelle médecine palliative, Hôpitaux universitaires Paris Centre
 

2 - Face à l’anticipation de handicaps lourds : décider en situation d’incertitude

20 novembre
Sophie Crozier
Neurologue, praticienne hospitalier, CHU Pitié-Salpêtrière, EA1610 Université Paris-Sud
Pierre Bretemieux
Docteur en philosophie, Membre du conseil de vigilance de la Fédération des associations pour adultes et jeunes handicapés
 

Thème 2 - Anticipation et accélération : des temporalités contradictoires ?

A l’anticipation semble être associée l’idée d’une prise en compte du temps long et d’une considération pour le futur. Anticiper reviendrait à prendre les devants pour mieux appréhender l’avenir. Mais qu’en est-il lorsque l’on considère ce phénomène majeur qui structure et oriente nos sociétés qu’est l’accélération sociale ? Anticipation et accélération semblent en effet relever de temporalités contradictoires. L’accélération compresse le présent et étouffe le futur là où l’anticipation devrait agir comme une forme de création d’espaces pour le futur dans le présent. Alors que certaines temporalités s’étirent, d’autres se contractent. Ainsi, comment, dans la société accélérée, les aspirations multiples et complexes à l’anticipation peuvent-elles s’exprimer ? L’anticipation ne devient-elle pas un outil de l’accélération lorsqu’elle répond à des aspirations de calcul prédictif ? Cette thématique tentera de mettre en partage cette idée de temporalités critiques ou contradictoires qui illustrent des situations dans lesquelles la discordance des temps est devenue notre paysage commun.
 

3 - Plus tôt, plus vite : accélérer pour anticiper – anticiper pour accélérer

11 décembre
Éric Siéroff
Professeur de neuropsychologie à l’Université Paris Descartes, co-fondateur de la Revue de Neuropsychologie
Lionel Pourtau
Sociologue (PhD/HDR), Direction de la recherche clinique de  l’Institut de cancérologie Gustave Roussy, EA 1610 « Étude sur les sciences et les techniques », université Paris SuD

4 - Face à l’accélération technique : comment anticiper dans la vulnérabilité ?

8 janvier
Marie-Geneviève Pinsart
Professeure de philosophie à l’Université Libre de Bruxelles, vice-présidente du comité national d’éthique de Belgique
Michel Puech
Professeur de philosophie, Université Paris-Sorbonne
 

Thème 3 - Anticipation et normativité : comment résister à la détermination du possible ?

Parce que la volonté d’anticiper répond à de multiples aspirations, l’anticipation n’est pas une action axiologiquement neutre. L’anticipation est au coeur d’une tension fondamentale entre le possible et le déterminé. Peut-on anticiper sans déterminer ? Comment laisser ouverte une pluralité de visions de la vie bonne en situation d’anticipation ? Comment le futur peut-il rester un espace de possibilités, un « terrain de possibilités indéterminées » ? L’anticipation est-elle le corollaire systématique d’un « plan de vie » ? Si l’anticipation doit répondre à un certain nombre de principes éthiques, elle est en même temps créatrice de nouveaux enjeux normatifs. A partir d’exemples concrets de dispositifs ou d’outils d’anticipation, cette séance mettra en lumière cette tension intrinsèque à l’acte d’anticiper.
 

5 - Elaborer un « plan de vie » : condition de l’autonomie ou nouvelle contrainte sociale ?

5 février
Catherine Audard
Professeure de philosophie à London School of Economics
Mylène Botbol-Baum
Professeur de Philosophie et bioéthique. Université Catholique de Louvain
 

6 - La logique de la précaution : sauvegarder le possible ou l’anéantir ?

5 mars
Claude-Olivier Doron
Maître de conférences en histoire et philosophie des sciences, Université Paris VII Denis Diderot, REHSEIS et Centre Georges Canguilhem
Pierre Corvol
Médecin, professeur au Collège de France, Chaire de médecine expérimentale
 

Thème 4 - Anticipation et savoirs : quelles connaissances du futur ?

La connaissance du futur doit-elle se réduire à un discours sur les risques ou à un calcul prédictif à visée planificatrice ?
Peut-on imaginer des savoirs d’anticipation relativement autonomes par rapport à ces thématiques du risque et de la prédiction ? Finalement, de quoi relève notre capacité prédictive et quelles connaissances du futur peut-on avoir ? Comme les savoirs d’anticipation prennent en compte l’imprévisibilité ? Quelle responsabilité à l’égard ces connaissances sur le futur ? Comment comprendre les limites constatées et subies de
la prospective ? L’anticipation réduit-elle l’incertitude ? Que connaissons-nous lorsque nous connaissons le futur ? De quelle type de rationalité relève – ou doit relever – une connaissance sur le futur ? Connaissances et savoirs d’anticipation se trouvent ainsi en première ligne d’une réflexion épistémologique fondamentale qui tient à la façon dont se construisent et se transmettent les savoirs.
 

7 - Big data et anticipation : vers une gouvernementalité algorithmique ?

16 avril
Emmanuel Didier
Sociologue au CNRS, Groupe de Sociologie Politique et Morale (GSPM)
Antoinette Rouvroy
Docteur en sciences juridiques, chercheuse qualifiée du FNRS
 

8 - Quelles connaissances pour une connaissance du futur ?

21 mai
Georges Amar
Prospectiviste et chercheur associé à la chaire d’innovation de l’Ecole des Mines Paris Tech, ancien directeur de l’unité « Prospective et conception innovante » de la RATP
Nicolas Bouleau
Mathématicien et philosophe, ancien directeur de recherches et professeur à l’École des Ponts ParisTech, chercheur associé au CIRED