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Covid 19, la pandémie vue du Cameroun

"Les masques en pharmacie sont passés d’environ 300 fcfa à 1000 fcfa. Ceux qui en ont eu les moyens sont restés travailler chez eux ou ont réduit leurs activités économiques, les autres, pour la plupart, ont continué à aller au travail tous les jours. Certaines entreprises n’ont pas payé leurs salariés en mars, expliquant qu’il n'y avait pas eu de bénéfices, les salariés ont continué à s’investir pour leur entreprise, espérant garder leur emploi pour des jours meilleurs."

Par: William Duval, Journaliste /

Publié le : 26 Mai 2020

L'importance d'une vie

L’importance que l’on accorde à une vie n’est pas la même selon là où l’on se trouve. 
Après le sida, Ebola, les djihadistes qui tuent, violent et kidnappent toujours dans le nord, la guerre qui frappe le pays depuis 3 ans… est venu s’ajouter le Covid 19. Cette fois-ci, on a très vite arrêté de dire que c’était la « maladie des blancs » ou que les « noirs » ne peuvent pas l’attraper. De là à ce que l’ensemble, ou une bonne majorité de la population, soit convenablement informée et consciente du danger, il y a encore du chemin à parcourir.
Souvent, comme un copier-coller des décisions prises en France, le 17 mars le Cameroun décide la fermeture des établissements scolaires et universitaires, la fermeture des débits de boissons et la suspension des visas d'entrée au Cameroun. Au cœur de Yaoundé à partir de cette date, les enfants ont donc occupé l’espace public, dans les quartiers… Les masques en pharmacie sont passés d’environ 300 fcfa à 1000 fcfa. Ceux qui en ont eu les moyens sont restés travailler chez eux ou ont réduit leurs activités économiques, les autres, pour la plupart, ont continué à aller au travail tous les jours. Certaines entreprises n’ont pas payé leurs salariés en mars, expliquant qu’il n'y avait pas eu de bénéfices, les salariés ont continué à s’investir pour leur entreprise, espérant garder leur emploi pour des jours meilleurs.
© Photo : William Duval

Le confinement, une solution pour des pays riches

Au niveau planétaire, après quelques semaines de tâtonnements, où malheureusement des certitudes infondées ont été annoncées de part et d’autres, les décideurs politiques de notre planète ont fini par privilégier l’économie.  Ici non plus, on ne maîtrise pas encore les conséquences économiques de cette pandémie pour les prochains mois, les prochaines années. Le continent africain semble pour l’instant relativement épargné par le Covid 19 et contrarie toutes les statistiques, mais rien n’est encore certain. Une évidence, plus de 60 % de la population du pays gagne son argent de manière journalière :comment dès-lors rester confiné sans mourir de faim. Le choix évident, rester en vie autant que possible et se battre.

Le 11 mai, les autorités ont décidé d’autoriser la réouverture des débits de boissons au-delà de 18h, les collégiens et lycéens devraient quitter les quartiers et reprendre les cours le 1er juin, comme annoncé par le président Paul Biya. D’autres mesures d’allégement ont été accordées et petit à petit les taxis se remplissent. Pour l’instant, nous ne sommes que cinq par taxi, mais les bonnes habitudes, me semble-t-il, ne vont pas tarder à reprendre et le manque à gagner de ces professionnels nous fera nous entasser prochainement de nouveau à six, avec bien sûr chacun son masque. Dans le même temps, de nouvelles annonces ont été faites, demandant de respecter la distanciation sociale. Ici certains portent leur masque un peu comme une cravate qui serre trop le cou, on libère le nez, puis la bouche et le masque, toujours présent sur le visage est confiné sous le menton. Je pourrai dire que la façon dont la population porte son masque est tout à fait en adéquation avec l’intérêt réel et la conscience que chacun apporte au Covid et aux risques de transmission. « Oui bien sûr, ça existe, mais pour l’instant, pas chez moi ! »

Pour l’instant, nous ne sommes que cinq par taxi, mais les bonnes habitudes, me semble-t-il, ne vont pas tarder à reprendre et le manque à gagner de ces professionnels nous fera nous entasser prochainement de nouveau à six, avec bien sûr chacun son masque.

Face à la mort, le covid 19 nous emmène dans nos retranchements.

Je suis journaliste et depuis maintenant deux mois nous produisons un magazine audio d’information hebdomadaire : « Prévention santé », en partenariat avec SOS médecins Cameroun. Des bonnes pratiques aux gestes barrière, en passant par la manifestation des troubles traumatogènes, ou encore la reconnaissance du corps médical qui se fait parfois insulter… Un énorme travail reste à faire concernant l’information !
Comment expliquer aux populations qu’il faut aujourd’hui revoir des pratiques ancestrales ? Les morts communautaires, par exemple, représentent un véritable danger sanitaire, pourtant un certain nombre pourrait peut-être être évité. Le cœur des Africains est atteint. Il est d’usage ici de se rendre au chevet d’un mort sans même connaître la cause du décès et encore trop souvent sans beaucoup de précautions sanitaires. Les allers-retours au village nécessitent déplacements et rapprochements, souvent avec les plus vieux, qui consacrent beaucoup de leur temps à ces événements majeurs qui donnent corps à la société. Si l’information à présent passe dans les grandes villes, qu’en est-il vraiment dans les villages, quelle place est faite à la sensibilisation ? Là encore, beaucoup de travail reste à faire…
Il me semble que la situation reste très préoccupante à ce jour. Comme partout dans le monde, les plus pauvres seront les plus atteints, par manque d’information ou d’éducation.

Qu’avons-nous comme certitude ?

Le Covid 19 qui n’a que quelques mois d’existence a déjà 100 vaccins en cours de développement… combien pour lutter contre la tuberculose, l’une des 10 premières causes de décès dans le monde ? À l’échelle mondiale, 7 millions de nouveaux cas de tuberculose ont été notifiés en 2018. Il ne faudrait pas oublier toutes les autres maladies mortelles qui déciment les populations en Afrique, et bien sûr le paludisme qui a tué quatre cent cinq milles personnes dans le monde en 2018.
Le monde découvre le Covid 19, acceptons d’apprendre en toute humilité. Comment avancer dans le brouillard en mettant les pleins phares ? Il nous faut nous regarder, nous écouter, nous réinventer, pour garder notre place demain dans un monde digne d’une humanité partagée par tous. 
Prenez soin de vous et des autres.