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Penser la décision différement

A travers les étymologies de "décider", grecque et romaine, comment mieux comprendre cette notion dans ses différents sens ?

Par : Armelle Debru, Professeur d’histoire de la médecine, université Paris Descartes, Espace éthique/IDF | Publié le : 03 Mars 2014

À la romaine, on décide en « tranchant » (de-caedere). Cela n’exclut pas qu’on négocie, mais le résultat est net : l’affaire doit être conclue. L’image du geste autoritaire domine, avec son efficacité légendaire : celle d’Alexandre le Grand qui, ne sachant dénouer l’inextricable « nœud gordien », le trancha d’un coup d’épée, ce qui lui assura, selon la légende, la maîtrise de l’Asie. Mais il mourut à son retour. Comme si « trancher » brutalement, de haut en bas, risquait de porter atteinte quelque part à la vie.
 
À la grecque, on décide au terme d’un « choix », et c’est là-dessus que la pensée s’attarde. Décider, c’est distinguer, comparer, puis juger (krinein). La « crise », en politique ou en médecine, est une phase où les choses « se jugent », phase décisive ou critique, dont on ne peut faire l’économie. Il y a d’autres mots pour cerner cette notion riche, abordable sous divers aspects, partageable. Mais, en fin de compte, quelle énergie va nous porter à faire ce qui nous fait parfois tant hésiter ?
 
Décider pour soi ou pour autrui, c’est d’abord « se décider » soi même. Regardons l’animal. Il se rassemble sur lui-même, comme nous nous rassemblons en nous mêmes pour trouver le courage d’agir. Des petites aux grandes décisions, c’est ce retrait en soi, quelquefois d’une fraction de seconde, qui donne l’élan et sa juste mesure. Et il importe de respecter ce moment où se joue pour chacun, quel que soit son rôle ou son état, à l’échelle d’une décision même inapparente, le vouloir, le consentir ou l’honneur d’un refus.