Psychisme et cancer : quels enjeux ?

Présentation des enjeux, des problématiques et du contexte de la journée Psychisme et cancer des 15 et 16 mars 2014

Par : Louise L. Lambrichs, Vice-Présidente du Comité scientifique du Centre Pierre Cazenave | Publié le : 10 Février 2014

Pour le programme et les inscriptions à ces journées, merci de suivre le lien situé à droite de cette page

En 2004, les Premières Journées de l’Association Psychisme et cancer avaient réuni des médecins et des psychanalystes pour tenter, à partir du travail clinique de quelques analystes et de la pratique mise en œuvre pendant plus de cinq ans au Centre Pierre Cazenave, de sensibiliser le monde médical à la clinique psychique d’un certain nombre de malades atteints de cancer, et d’attirer plus largement l’attention des médecins sur l’intérêt, pour certains malades, d’un recours à la psychanalyse dans ce contexte médical particulier.
Dix ans plus tard, le Centre Pierre Cazenave s’est développé, le travail clinique s’est poursuivi et approfondi, et Françoise Bessis, assistée de l’équipe du Centre, entreprend d’organiser de nouvelles Journées cliniques et scientifiques, plus précisément axées sur la clinique du trauma en tant qu’elle touche un certain nombre de malades, mais aussi possiblement les soignants, confrontés quotidiennement à des situations et à des choix d’autant plus difficiles que le cancer, même s’il peut aujourd’hui être médicalement mieux pris en charge qu’autrefois (ce qui ne signifie pas qu’il l’est dans tous les cas, les inégalités d’accès aux soins restant importantes et déterminantes aussi pour l’issue des traitements), apparaît de plus en plus comme une hydre défiant à plus d’un égard le désir que peuvent éprouver les médecins de guérir leurs malades.

Si, comme le rappelait Claude Bernard, « le problème, en définitive, c’est le malade », alors le premier enjeu de ces Journées est bien d’œuvrer pour la poursuite d’un dialogue entre les praticiens du soin médical et les praticiens du soin spécifiquement psychique, et pour une prise en charge partagée, aussi adaptée que possible à chaque sujet malade – étant entendu d’un côté que la clinique médicale n’est pas une clinique du sujet singulier, et de l’autre que les médecins, les soignants et les malades sont tous des sujets singuliers.
À cet égard, le témoignage de médecins ayant l’expérience d’un travail analytique, et restés néanmoins médecins, sera précieux pour les soignants qui s’interrogent sur l’intérêt d’une démarche analytique dans le contexte de la pathologie organique. Le Dr Isabelle Denys, élue récemment Présidente de l’Association Psychisme et cancer (et qui introduira ces journées avec Françoise Bessis, psychiatre psychanalyste, et Pierre Baldeyrou, pneumo-oncologue et premier Président de l’Association), fait partie de ces médecins ayant une longue expérience de la pratique médicale en cancérologie, et aussi l’expérience d’échanges cliniques réguliers avec des psychanalystes – échanges qui semblent la seule voie de travail assurant d’un côté la place spécifique de chaque soignant et/ou thérapeute, et de l’autre, une prise en charge aussi adaptée que possible à chaque cas singulier.

Pour ces Journées de partage clinique – et c’est le deuxième enjeu : donner la possibilité à différents thérapeutes de partager leurs expériences et leurs élaborations sur différents terrains – Françoise Bessis a fait appel à des médecins et à des psychanalystes qui, en écho à la pratique mise en œuvre au Centre Pierre Cazenave, enrichiront, à partir de leur expérience, nos connaissances des mécanismes du trauma, de ses effets destructeurs, mais aussi possiblement créateurs, non seulement dans le cadre médical mais aussi hors de ce cadre, dans la famille, dans la société, dans le rapport au travail, et dans l’histoire.
Le troisième enjeu, épistémique, est de faire valoir la spécificité de la démarche et de la clinique analytiques par rapport à d’autres démarches « psy » promues dans le champ de la cancérologie.

Le quatrième enjeu, enfin, est d’œuvrer, par la connaissance et le partage, à la reconnaissance et au soutien élargi de cette structure originale qu’est le Centre Pierre Cazenave, lieu d’accueil thérapeutique animé par la psychanalyse et destiné aux malades atteints de cancer. Car ce lieu, précieux pour les malades qui le fréquentent et y trouvent, pour faire face à ce qui leur arrive, des ressources qu’ils ne trouvent guère à l’hôpital, reste une structure très précaire. Soutenir sa pérennisation paraît, après quinze ans d’expérience, dans l’intérêt bien compris tant des malades que des médecins et autres soignants.